Rêves de cristal

Comédie dramatique
Durée: 1 h
Deux hommes et deux femmes
Synopsis: Brigitte, bourgeoise divorcée, partage un appartement avec son amie Cécile. Le manque d'amour est le fil conducteur de leurs vies. Brigitte est une idéaliste et ne trouve son bonheur que dans ses rêves alors que Cécile se contenterait bien de l'homme qui voudrait d'elle. Mais voilà, Cécile a quelques kilos en trop et ne se fait plus d'illusions. Brigitte , qui joue avec la vie comme avec une allumette va utiliser Cécile pour ridiculiser Olivier, l'homme qui lui a donné rendez-vous, suite à une annonce matrimoniale. Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu. Le jeu ne risque il pas de se retourner contre Brigitte et briser ses rêves de cristal ?
Personnages
Brigitte : Bourgeoise quadragénaire, divorcée, espère toujours trouver l’amour.
Olivier : Célibataire, quadragénaire, cherche à se prouver qu’il peut séduire.
Cécile : Célibataire, trentenaire, souffre d’obésité, lucide, désabusée. Partage l’appartement de Brigitte .
Le garçon de café
ACTE I
Scène 1
Un loft parisien. Dans une partie de la pièce, un bureau. Un fauteuil, deux chaises. Dans une autre partie, un coin bar avec un comptoir. Deux tabourets hauts. A coté du bar, un canapé. Une femme, 40 ans, élégante, est assise au bureau. Elle est plongée dans la lecture d’un journal. Visiblement, sa lecture l’ennuie.
BRIGITTE.- Que des catastrophes, il n’y a que ça. Augmentation du chômage, croissance économique désastreuse, déficit budgétaire, crise financière, envolée des dépenses de santé …
Vraiment, rien pour me remonter le moral. Je m’ennuie, je m’ennuie à mourir ! bâillements
Je ne regarde même plus la bourse. C’est affligeant ! Mes actions ont perdues 50 % de leur valeur. Heureusement que je ne suis pas encore obligée de les vendre. C’est pas comme Cécile. La pauvre, elle peut faire une croix sur ses vacances, cette année. Soudain, le regard de Brigitte est attiré par une page.
Ah ! Voilà l’horoscope.
« Cancer : Cette semaine, ne ratez pas votre chance. Votre vie va s’éclairer sous un nouvel angle. Forcez la main au hasard, et vous rencontrerez l’être que vous cherchez en vain. »
C’est curieux, ça veut dire quoi « forcez la main au hasard »
De toutes façons, je ne crois pas à l’horoscope.
Elle se lève avec le journal à la main et va au bar .Prend une bouteille d’apéritif ainsi que des amuses gueules et se verse un verre. Accoudée au bar, assise sur un tabouret haut, elle continue à feuilleter le journal d’un air distrait, en grignotant. Puis, elle arrive à la page des annonces matrimoniales.
- Tiens, ça, c’est beaucoup mieux !
Elle lit :
« Femme, 60 ans, corps très bien entretenu, poitrine opulente, cherche l’homme qui , par ses caresses, lui redonnera ses vingt ans. » Rires.
Ah, si seulement j’avais le quart de son culot !
« Bel homme, 25 ans, directeur de société, cherche jeune femme jolie, mince, intelligente pour partager moments tendres et plus si affinités. »
S ‘il est beau, riche, et jeune, pourquoi passer une annonce ! Ca ne donne pas envie de répondre.
« Homme, la quarantaine, belle prestance, sportif, aimant les jolies femmes, cherche la perle rare qui saura se faire aimer » Intéressant ! Le macho parfait.
Celui-là, je vais lui donner une leçon .Voyons …son téléphone ! 01 69 46 28 92…
Allô …, oui, j’appelle pour l’annonce paru dans Bonjour…Je pense être celle que vous cherchez.
On peut se voir ? Mercredi soir à 20 heures au café Flore…Pas de problème, j’y serais. Je porterai une robe bleue avec un foulard bleu assorti. Et vous ?
Un débardeur rouge .Vous êtes musclé…Des cheveux noirs avec des lunettes de soleil Ray Ban… Je vois, je ne peux pas vous rater ! A Mercredi.
« Je sens que je vais bien m’amuser ! »
Scène 2
Le café.
La lumière n’éclaire que la partie du bar. Le coin bureau n’apparaît pas . Quelques affiches au mur permettent au spectateur de comprendre que l’on se trouve dans un café. Une table éloignée du bar avec deux chaises. Au comptoir, un garçon de café essuie des verres. A la table, un homme est assis. Il porte un débardeur rouge laissant voir des muscles bronzés. Ses lunettes de soleil sont relevés sur ses cheveux. Il semble plongé dans la lecture d’un journal. De temps en temps, il regarde l’heure.
OLIVIER.- Bon sang ! Mais qu’est- ce qu’elle fabrique. Ca fait une demi-heure que j’attends, et elle n’est toujours pas là. J’en étais sûr, elle ne va pas venir. Ca ne sera pas la première fois qu’on me pose un lapin. Bon, je me donne encore 10 minutes et je m’en vais. Il sort une glace de sa poche et se repeigne.
LE GARCON DE CAFE.- Monsieur désire le menu ?
OLIVIER.- Je vous remercie mais j’attends quelqu’un .
LE GARCON DE CAFE.- C’est ce que j’ai cru comprendre.
OLIVIER .- Oh ! Ca va. Mêlez vous de ce qui vous regarde !
LE GARCON DE CAFE.- A votre service.
Bientôt, apparaît, à l’entré du café, une femme vêtue d’une robe bleue ciel avec un foulard jeté sur les épaules de la même couleur. Elle a la trentaine et se déplace avec difficulté en raison de sa corpulence.
Brigitte est arrivée au même moment, habillée de façon masculine, blouson et pantalon en cuir, cheveux balayés en arrière. Elle s’assoit au comptoir et demande un whisky. La femme en bleu se dirige vers la table d’Olivier.
CECILE.- Bonjour, je crois que nous avons rendez-vous !
OLIVIER.- Regardant la nouvelle venue avec effroi.
Vous faites erreur ! Je ne vous connais pas. D’ailleurs, même si je vous connaissais, jamais je ne vous aurais donné rendez-vous .
CECILE.- Et pourquoi ?
OLIVIER.- Souriant, l’air suffisant. Regardant ostensiblement Cécile de haut en bas.
Vous n’êtes pas mon genre.
CECILE.-D’un air faussement offusqué. Vraiment ?
OLIVIER.-Il faut vous mettre les points sur les i, ou quoi. Vous me forcez à être grossier. Vous l’aurez voulu. Je n’aime pas les grosses. Je trouve ça dégoûtant. Rien que de les voir, j’ai envie de vomir. Allez-vous en, vous êtes en train de me couper l’appétit !
CECILE.- Quel goujat ! Je ne sais pas quel type de femme vous recherchez mais je plains celle qui tombera dans vos bras ! Cela dit, vos muscles sont magnifiques .
OLIVIER.-Merci.
CECILE.-On ne peut pas tout avoir. La force se marie très rarement à la nuance et la finesse d’esprit ne prend pas sa source dans les biceps. Mais pour une soirée, vous devez valoir le coup.
Elle sort.
OLIVIER.- Adieu !
A nouveau seul, Olivier, l’air perplexe, regarde sa montre, puis ses muscles. Il hésite, puis il prend son blouson et l’enfile. Il a l’air inquiet.
Scène 3
Brigitte a observé toute la scène, accoudée au comptoir, elle termine son whisky, puis se dirige vers Olivier, avec un sourire charmeur.
BRIGITTE.- Bonjour, puis-je m’asseoir à votre table ?
Olivier la regarde étonné et décontenancé. Il ne connaît pas cette jeune femme, mais il la trouve séduisante. Il sait que son rendez- vous est manqué, et il a envie de tenter sa chance.
OLIVIER.- Mais avec plaisir, la personne que j’attendais, vient de me prévenir, qu’elle avait un empêchement et qu’elle ne pourrait pas venir.
BRIGITTE. Merci. Vous devez trouver que je suis sans gêne, mais je vous observe depuis un moment, et je pensais que cela vous ferait plaisir d’avoir une compagnie.
Vous avez froid ?
OLIVIER.- Oui, un peu, il y a des courants d’air.
BRIGITTE. -Je meurs de faim, pouvez- vous appelez le serveur ?
OLIVIER.- Un peu irrité de ne pas prendre l’initiative.
Oui, bien sûr. Garçon !
LE GARCON DE CAFE.- Monsieur ?
La carte … Mais bien sûr. Je comprends votre déception. Votre rendez-vous n’était pas à la hauteur, mais vous ne perdez pas au change. Madame le remplace on ne peux mieux.
OLIVIER.- Vous, on ne vous a pas sonné !
LE GARCON DE CAFE.- excusez-moi.
BRIGITTE.- Regardant la carte
Carpaccio de saumon …Bar en papillote…fondant aux framboises …
Oui, ça c’est très bien. Et une bouteille de Bordeaux blanc ST Emilion. Et vous ,que choisissez vous ?
OLIVIER.- L’air renfrogné
Pâtes à la carbonata
BRIGITTE.- C’est drôle comme j’ai faim ce soir ! Sûrement, parce que je suis enfin libre comme l’air !
OLIVIER.- Ah oui ?
Comment vous appelez vous ?
BRIGITTE.- Brigitte.
OLIVIER .- Brigitte…C’est joli , Brigitte. Moi c’est Olivier. Vous êtes en vacances ? Non. Tant mieux, parce qu’ici, il n’y a rien à voir. On s’emmerde. La ville est déserte le jour, et le soir, quand les gens rentrent du boulot, ils s’enferment chez eux. A 2O heures, tous les commerces sont fermés. Il n’ y a que ce café qui est encore ouvert jusqu’à 23 heures. C ‘est à mourir d’ennui.
BRIGITTE.- Vous, vous ne faites pas comme les autres, vous n’allez pas travailler ?
OLIVIER.- J’aime pas les contraintes. Faire tous les jours la même chose, c’est au dessus de mes forces .Le travail, ça détruit la santé.
BRIGITTE.- Effectivement, je vois que vous avez un corps en pleine forme. Quel est votre secret ? Comment trouvez- vous les ressources nécessaires à l’entretien d’une si belle machine ?
OLIVIER.- Les femmes !
BRIGITTE.- Je vois !
Vous devez alors en changer souvent, tel un vampire tire toute la substance de sa proie. Rire de Brigitte
OLIVIER.- Comme vous y aller ! Les femmes ne se plaignent pas de moi ! Ce sont elles qui viennent. Moi je ne fais qu’attendre qu’elles se jettent dans le filet. C’est de leur faute.
BRIGITTE.- Vous avez raison. Il faut toujours rejeter les responsabilités sur les autres. Ne jamais se sentir coupable. C’est la clef de la tranquillité.
OLIVIER.- C’est ça, foutez-vous de moi !Votre vie est donc si passionnante, pour oser donner des leçons aux autres ? Vous dites que vous avez repris votre liberté ! Cela veut donc dire que vous vous sentiez enchaînée, prisonnière .Ce n’est pas forcément une vie idéale ça. Moi, au moins je suis libre, peut-être que je ne fais rien, mais au moins, je suis libre de ne rien faire.
BRIGITTE.- C’est sûr qu’on ne risque pas de se tromper, quand on ne fait rien. Mais vivre, pour moi, c’est prendre des risques, même si on s’en mord les doigts après. L’important , ce n’est pas ce que l’on fait, c’est comment on le fait ; avec indifférence ou avec des émotions .Je ne vous reproche pas de ne rien faire, mais de ne pas apprécier cette oisiveté. Vous non plus, vous n’êtes pas libre, vous subissez votre temps libre.
OLIVIER .- Arrêtez ! J’ai horreur des femmes intellectuelles.
BRIGITTE .- Ca tombe bien. J’ai horreur des débardeurs musclés. Que voulez-vous ? On se sépare tout de suite ou l’on essaie de faire un pas l’un vers l’autre ?
OLIVIER.- Ok, déballez vos foutaises. Je vous donne cinq minutes. Ensuite, je m’en vais.
BRIGITTE.- D’accord. Je ne sais pas pourquoi je vous parle. Peut-être parce que cela n’a aucune importance. Quand on dort trop longtemps, au réveil, on ne sait plus si l’on est vivant ou mort. Un engourdissement du corps et de l’esprit nous envahit. La vie passe sur nous et nous n’avons aucune sensation . Une anesthésie totale. Trop de sommeil tue le sommeil et donc l’éveil. Et la liberté, c’est avant tout l’éveil des sens, du corps et de l’esprit. Ca va, vous ne me jetez pas votre verre à la figure ?
OLIVIER.- Les cinq minutes ne sont pas écoulées.
BRIGITTE .-Voyez-vous, ma liberté à moi, est toute neuve. Pendant vingt ans, je me suis
conformée à une vie dénuée de fantaisie, étriquée, sans couleurs. Une vie bourgeoise, avec un mari comme il faut et des enfants bien élevés .Et puis, un matin, je me suis réveillée avec l’impression de sortir d’un mauvais rêve. J’avais décidé de tourner la page, de reprendre ma liberté. Mes enfants étaient grands, autonomes. J’ai quitté mon mari. Vous ne pouvez pas savoir ce que c’est. On croit connaître le monde par cœur pour s’y être confronté, et en fait, on se sait rien. La vie devient colorée, en relief, alors qu’elle était plate, lisse. Vous, je vous regarde, et il me semble que vos yeux manquent d’éclat. Vous regardez la vie mais vous ne la voyez pas. Vous dormez, vous êtes en léthargie .
OLIVIER.- Regarde sa montre. Les cinq minutes sont passées. Qu’est-ce que vous en savez ! Mes yeux manquent d’éclat ! Ca c’est le comble. Quand on s’emmerde, ça se voit, c’est tout. Et en ce moment, je ne peux pas dire, que vous allumez en moi, quoi que ce soit !
BRIGITTE.- Désolée Je n’ai pas supporté la façon dont vous avez parlé à cette jeune femme tout à l’heure .
OLIVIER.- Ah, c’est donc ça ! Je ne peux pas me forcer à trouver jolie une femme obèse. J’ai peut-être beaucoup de défauts, mais je ne suis pas hypocrite.
Votre présence commence à m’agacer. Je vous laisse en tête à tête, avec votre fondant aux framboises. Garçon, l’addition .Oui, pour une personne. Madame à l’habitude de s’assumer.
Il sort.
BRIGITTE.- Sort son portable et compose un n° de téléphone.
Allô…Cécile, ça va ? Pas trop éprouvant ! Tu as l’habitude ! Bon. Il a du caractère. J’aime bien ça. A tout à l’heure.
ACTE II
Scène 1
Le loft est éclairé dans son intégralité. Cécile est assise sur le canapé. Elle attend Brigitte. Elle regarde la télévision en mangeant des gâteaux apéritifs.
CECILE.- Mais, ce n’est pas possible ! Comment peuvent-ils dirent ça « L’Obésité est un fléau des pays industrialisés. Il faut la combattre dès le plus jeune âge, moins de sucre, moins de graisses, plus de sports »
Ils n’ont rien compris !
Qu’est-ce qui me pousse la nuit à me lever pour manger du beurre ?
Pourquoi est-ce que j’ouvre les boites de conserve pour manger directement dedans. Oui, ça s’appelle de la boulimie. Je sais. Il faut que je me fasse soigner. Je suis malade. Et bien voilà, il y a de plus en plus de gros, parce que de plus en plus de gens sont malades, malades d’être vivants et de ne pas exister.
Quel est le comble du maçon ? Mais oui, vous allez trouver, chercher bien. C’est d’oublier le ciment. Le maçon n’oublie jamais le ciment !
Il sait que pour construire, il faut cimenter les éléments entre eux, sinon, le mur s’écroule.
Eh bien, pour les individus, c’est pareil. S’il n’y a pas de cohésion entre eux, ils se cassent la figure. Et, pour se protéger des coups, ils inventent ce qu’ils peuvent pour crier au maître d’œuvre ses insuffisances.
Moi, comme beaucoup d’autres, j’ai choisi la bouffe, mais ça aurait pu être l’alcool ou l’anorexie…
Quand on angoisse, on bouffe, et quand on bouffe, on grossit et quand on grossit, on emmerde le monde, on dérange et c’est ce que l’on veut.
Etre gros, c’est manifester de façon permanente, en silence, dans la rue.
A chaque personne que l’on croise, notre corps crie :
« On est gros, on est gros, ce n’est pas beau
On est gros, on est gros, à qui la faute »
Scène 2
On sonne
CECILE.- C’est toi Brigitte ?
BRIGITTE.- Essoufflée
Oui, c’est moi, ouvre vite, je t’en prie.
CECILE.- Ouvrant la porte
J’arrive … Mais qu’est-ce que tu as ?
BRIGITTE.- Je suis sûre d’avoir été suivie. J’ai vu un homme, de taille moyenne, avec un imperméable et un chapeau qui lui cachait le visage. Deux fois, je me suis retournée et à chaque fois, je l’ai vu.
CECILE.- Tu te fais des idées, pourquoi t’aurait-on suivi ?
BRIGITTE.- Je ne sais pas.
Tu sais, j’ai fait un rêve horrible !
J’étais au super-marché, je portais une robe bleu ciel et je faisais la queue aux caisses. Au moment de mettre mes affaires sur le tapis roulant, ça sonne. La caissière appelle le gorille, et je vois apparaître le type qui était assis hier en face de moi au café !
Il avait le même débardeur et ses gros muscles brillaient sous une fine couche d’huile.
« Madame, vous êtes pris la main dans le sac, me dit-il avec un sourire carnassier. Vous avez volé la robe que vous portez, il y a encore l’antivol ! »
Mais dis-je, j’ai acheté cette robe la semaine dernière dans un magasin à l’autre bout de la ville. Ce n’est pas possible, c’est une machination. On m’a agrafé cet antivol dans mon dos !
« Ma petite dame, me dit-il, ça ne marche pas avec moi » et il me soulève du sol comme si j’étais une plume et me met dans un grand caddy en fer sur lequel il referme un couvercle.
Je suis prisonnière et assise au milieu d’un monticule de nourriture volée et entassée dans le caddy.
« Je viendrais vous chercher quand vous aurez tout mangé me dit-il » et il se met à pousser un ricanement à n’en plus finir.
Je me suis réveillée trempée de sueur.
CECILE.- Tu veux que je te dise, ce type, il t’a fait plus d’effet que tu ne veux bien l’admettre. En tout cas, moi, je sais que je ne lui laisserai pas un souvenir impérissable !
A propos, la robe bleue, elle est dans la penderie, tu peux la prendre. Avec quelques retouches, elle pourra t’aller ! Il n’est pas question que je la remette. J’aurai à chaque fois la désagréable sensation d’entendre les phrases qu’il a osé me dire.
BRIGITTE.- Lui au moins, il te les as dites, il n’est pas hypocrite.
CECILE.- Tu vois, tu le défends. Tu devrais le revoir. Tu as ses coordonnées ?
BRIGITTE.- Nerveuse, avec trop de précipitation
Non, je ne connais rien de lui. Je ne sais même pas comment il s’appelle. De toutes façons, je ne veux pas le revoir, surtout pas. J’ai horreur des types qui se croient des tombeurs.
CECILE.- Bon, et bien, on n’en parle plus. En t’attendant, j’ai préparé le dîner. Un poulet- frites et en dessert une île flottante. Je meurs de faim. Elles sortent de la pièce.
La pièce est vide. On sonne à la porte. Brigitte apparaît, la bouche pleine. Elle est inquiète. Elle n’attend personne. Cécile arrive à son tour. Elles se regardent.
CECILE.- Tu attends quelqu’un ?
BRIGITTE.- Non.
CECILE.- On a peut-être mal entendu. Attendons.
La sonnerie de la porte se fait entendre de façon plus insistante.
BRIGITTE.- Timidement. Qu’est-ce que c’est ?
LA VOIX.- Un colis pour vous.
Brigitte regarde Cécile qui lui fait signe d’ouvrir. Brigitte ouvre la porte, prend le paquet et referme la porte. Cécile et Brigitte observent le paquet avec méfiance.
.
BRIGITTE.- Ce n’est pas mon anniversaire ni ma fête. Il y a mon nom et mon adresse. Ca m’angoisse. Je suis sûre que c’est le type qui m’a suivi et qui a fait porter ce coli. C’est drôlement lourd et tu as vu l’écriture !
CECILE.- Qu’est-ce qu’elle a l’écriture ?
BRIGITTE.- Elle est belle, elle a du caractère
CECILE.- Qu’est ce qu’on fait, on l’ouvre ?
BRIGITTE.- On ne l’ouvre pas. C’est peut-être une bombe !
CECILE.- Ne Sois pas stupide. Pourquoi voudrait-on nous tuer ! Tu es complètement parano.
BRIGITTE.- D’accord. On ouvre.
Lentement, avec d’infinies précautions, elles défont le paquet.
Apparaît alors une paire de lunettes « Ray Ban », un débardeur, celui là même que portait Olivier, des haltères et une carte.
Brigitte lit :
BRIGITTE.- « L’habit ne fait pas le moine. Au cas où vous voudriez me joindre, voici mon téléphone .Olivier » Je comprends ! Rires. Je crois que j’ai ferré le poisson.
ACTE III
Scène 1
L’appartement d’Olivier. C’est le même que celui de Brigitte, même bureau, même style. Seulement, tableaux aux murs différents, de façon que l’on comprenne, que ce n’est pas le même appartement. La partie bar n’est pas éclairée et n’est donc pas visible.
Olivier se promène de long en large . Il a l’air inquiet.
OLIVIER.- Mais pourquoi, ai-je eu cette idée saugrenue de la suivre pour avoir son adresse. Et en plus, lui faire monter ce paquet avec en prime, une formule toute faite ! Elle va me prendre pour un con et un lâche. Même pas le courage de lui parler en face.
J’ai voulu jouer au plus fin. « C’est celui qui le dit qui y est… Rira bien qui rira le dernier » C’est stupide, elle ne va pas m’appeler, je le sens. Il faut que moi, je l’appelle. Oui, c’est ça. Il faut que je décroche, que je lui dise :
Allô, oui, c’est Olivier, vous vous rappelez de moi, n’est-ce pas ? Et bien, que diriez-vous si on essayait de se revoir ?
Le problème c’est que je n’ai pas son numéro de téléphone. Espérons qu’elle est dans l’annuaire.
Olivier s’assoit à sa table et cherche dans l’annuaire.
Alors, Brigitte QUERIEL…
J’ai vraiment du bol. Elle est dans l’annuaire ! 01.46.34.22.56
Il décroche et raccroche aussitôt.
Elle va m’envoyer balader. Je sais ce que je vais faire.
IL y a des chances pour qu’elle soit partie travailler. Si elle a mis son répondeur, je laisse un message, sinon, je raccroche.
Il compose le numéro
Répondeur : « Vous êtes bien chez Brigitte et Cécile. Nous ne sommes pas là pour le moment mais laissez un message, on ne manquera pas de vous rappeler »
Allô , Brigitte, c’est Olivier. Vous rappelez vous de moi? Eh bien, j’avais pensé que peut-être, on pourrait recommencer notre rencontre. Comme un film qu’on rembobine au début. Demain à 12h 30, au même endroit, ça vous dirait ?
Si vous ne me rappelez pas, je considère que vous acceptez. A bientôt. Il raccroche.
Pourvu qu’elle vienne. Je ne sais pas pourquoi, mais elle me plaît. Elle fait semblant d’être forte, pleine d’assurance, mais je sens qu’elle est fragile. Elle a besoin de moi. Oui, de moi.
Sans conviction Je suis beau, je suis fort, je suis intelligent. Elle va m’aimer.
Il y a six mois, je n’aurais même pas essayé. Mais perdre 20 kilos en 6 mois, c’est quand même pas mal !
Quand je pense que j’avais donné rendez-vous à une grosse !
Je ne passe plus de petites annonces, c’est terminé. Je suis allergique à tout ce qui est gros. Je ne supporte pas, je deviens méchant. La pauvre fille, j’espère qu’elle va s’en remettre.
Mais Brigitte, je peux enfin draguer une femme qui me plaît et que peut-être, j’intéresse. C’est la première fois.
Noir
Scène 2
Loft de Brigitte.
La partie bar n’est pas éclairée.
Brigitte s’habille. Elle enfile une robe bleue et un foulard assorti autour du cou. Elle se maquille face à un miroir, se regarde et sourit.
Elle sort.
Noir
Loft d’Olivier
La partie bar n’est pas éclairée.
Olivier s’habille .Il met un costume élégant mais pas trop guindé. Il se peigne devant le miroir.
Il essuie des petites lunettes qu’il porte sur son nez.
Jette un regard satisfait à la glace, sourit, puis sort.
Noir
Scène 3
Au café
Eclairage sur le bar. La partie bureau n’est pas éclairée.
Brigitte est assise à la table que tenait Olivier, face à l’entrée.
Elle porte sa robe bleue. Elle a l’air tendue, inquiète. Elle fait signe au serveur.
BRIGITTE.- Garçon !
LE GARCON.- Oui, Madame.
BRIGITTE.- De quoi ai-je l’air ?
LE GARCON.- Pardon ?
BRIGITTE.- Oui, à quoi je ressemble. Ne faites pas semblant de ne pas comprendre. Quel âge me donnez-vous ? Vous ne voulez pas répondre. Je vois. Je fais suffisamment vieille, pour avoir envie que l’on me dise, que je fais moins que mon âge.
LE GARCON DE CAFE.- Mais, Madame, vous ne me laissez pas le temps de répondre. Je trouve que…
Brigitte le coupe.
BRIGITTE.- Non, ne dites rien. Je ne veux plus savoir. J’ai peur de la réponse. J’ai 40 ans, et toutes les rides qui vont avec. Des cheveux blancs commencent à se mêler, insidieusement aux autres. J’ai 40 ans, et une terrible angoisse au fond du ventre, qui m’empêche de vivre, et qui me pousse, à me servir des gens comme d’un bouclier. Je les éprouve, pour mieux me protéger. Pauvre Cécile, pourquoi l’ai-je entraînée dans cette histoire.
LE GARCON DE CAFE.- Qu’elle est cette angoisse ?
BRIGITTE.- Pardon ? Oui… mon angoisse… De ne plus plaire. D’être seule. Cà n’a rien d’original.
Voyez-vous, J’attends un homme avec qui, j’ai rendez-vous, et j’ai peur qu’il ne vienne pas. Pourquoi ? C’est lui qui m’a demandé de venir. Je ne l’ai vu qu’une fois ici, à la même place et je ne lui ai dit que des inepties. Pourquoi aurait-il envie de me revoir ?
Scène 4
A la dernière phrase de Brigitte, Olivier est apparu à la porte du café. Il porte un costume et dans ses mains, un gros bouquet de roses rouges. Il se dirige en hésitant vers Brigitte.
OLIVIER.- Bonjour, Madame, je crois que nous avons rendez-vous !
Brigitte regarde Olivier, elle le dévisage lentement, le reconnaît et après un moment de stupéfaction, se détend puis se met à rire ; d’abord nerveusement puis sans contrôle.
Enfin, elle se calme.
BRIGITTE.- Vous êtes sûr de ne pas vous tromper de personne !
OLIVIER.- En pantalon et en blouson en cuir, ou en robe bleue, c’est vous que je suis venu voir. Un silence gêné
BRIGITTE.- Je croyais avoir rendez-vous avec quelqu’un d’autre, mais, je suis heureuse de voir, que vous me plaisez beaucoup mieux ainsi. J’accepte avec plaisir de vous convier à ma table.
Asseyez- vous … Vos roses sont magnifiques …
J’ai regardé rapidement le menu : « Carpaccio de saumon, bar en papillote, fondant aux framboises… »
Cà a l’air très appétissant, en apparence, évidemment !
Qu’en pensez-vous ?
OLIVIER.- Je prendrai la même chose que vous.
Brigitte ?
BRIGITTE.- Oui ?
OLIVIER.- Je peux vous poser une question ?
BRIGITTE.- Bien sûr.
OLIVIER.- C’est avec vous que j’avais rendez-vous il y a deux jours. Pourquoi avez- vous fait venir, quelqu’un d’autre à votre place ?
BRIGITTE.- Je ne sais pas. C’est stupide. Je voulais voir vos réactions ; sans être observée moi- même.
OLIVIER.- Gentiment, tendrement
Vous vouliez me tendre un piège, mais vous avez été prise à votre propre jeu.
BRIGITTE.- Je ne pensais pas que vous auriez la même idée que moi !
OLIVIER.- Je voulais voir si mon physique suffisait à séduire les femmes.
BRIGITTE.- Et alors ?
OLIVIER.- Je pense que non .Si je ne vous avais pas envoyé mon débardeur, vous ne seriez pas venue, n’est-ce pas ?
BRIGITTE.- Non.
OLIVIER.- Voilà, l’homme qui montre ses muscles, est forcément un con, et celui qui s’habille, est toujours perçu au premier abord comme quelqu’un de bien. Si l’on bouscule l’ordre des choses, nous perdons nos repères.
BRIGITTE.- Vous me reprochez mon conformisme.
OLIVIER.- Pas du tout. Moi même, je n’étais pas à l’aise. Dans ce costume, j’ai le sentiment d’avoir retrouvé ma peau. Contrairement à ce que je vous ai dit, l’habit fait le moine.
BRIGITTE.- Quel métier faites-vous ?
OLIVIER.- A votre avis ?
BRIGITTE.- Je ne sais pas. Un travail intellectuel…Cadre dans une grande entreprise, ou alors chercheur ; quelque chose qui demande de la réflexion. Je ne vous vois pas commercial. Vous n’êtes pas assez bavard !
OLIVIER.- Je suis chirurgien.
BRIGITTE.- Ah, oui ! Souriant.Et vous opérez aussi les cœurs malades ?
OLIVIER.- Ca dépend de la gravité du mal, et de la difficulté de l’opération. Le cœur, c’est ce qu’il y a de plus délicat.
BRIGITTE.- Je vous crois sur paroles.
OLIVIER.- Et vous, que faites- vous ?
BRIGITTE.- Je suis directrice d’agence de voyage.
OLIVIER.- Quelle agence ?
BRIGITTE.- Oh ! C’est une petite agence indépendante, l’agence « du soleil levant ». Comme son nom l’indique, nous sommes spécialistes des voyages vers l’extrême Orient . Nous sommes trois, deux collaboratrices et moi.
OLIVIER.- C’est pas mal non plus. Les voyages, ça aide à décompresser.
BRIGITTE.- Sauf que je n’en profite pas. Je n’ai jamais le temps de partir. De plus, çà ne fait pas longtemps que je me suis mise à mon compte et la crise actuelle ne nous facilite pas les choses. Je me bats avec les factures. La chemise « à payer » est de loin beaucoup plus grosse que la chemise « payé » De plus, je n’avais jamais travaillé avant. Mon mari faisait ça pour moi. C’est d’autant plus difficile.
OLIVIER.-Pourtant, vous habitez dans un beau quartier. Le loyer ne doit pas être insignifiant .
BRIGITTE .- En fait, ce n’est pas mon appartement. C’est celui de mes parents.
OLIVIER.- Je vois.
BRIGITTE.- Je ne sais pas ce que vous voyez mais si vous pensez que je travaille pour passer le temps, vous vous trompez. Je travaille pour exister. Et si l’on met l’appartement de coté, je me débrouille toute seule.
OLIVIER.- C’est çà, votre liberté ?
BRIGITTE.- Vous avez raison et je vous ai menti. Ma liberté ne me sert à rien. Je n’en profite pas. Bien sûr, je sors avec Cécile. Je vais voir des amis . Mais je n’aspire qu’à une chose, c’est d’avoir une liaison durable. Une femme n’est pas faite pour être seule.
Etre obligée de rendre des comptes, dépendre d’un homme qui lui aussi dépendra de moi. Je l’ai pourtant vécu tout çà, à mes dépends, mais c’est plus fort que moi, j’ai envie d’aimer.
OLIVIER.- Ca me rassure. Vous êtes comme tout le monde.
BRIGITTE.- Evidemment.
OLIVIER.- Prenant les mains de Brigitte dans les siennes. Vous me plaisez, Brigitte. Voulez- vous de moi ?
BRIGITTE.- Vous savez, je suis une emmerdeuse. Je ne veux pas m’imposer.
OLIVIER.- D’un air entendu
Je vais vous faire une confidence. Le poids, c’est ma spécialité. Mais je compte sur vous pour m’aider à rester léger. Il embrasse Brigitte.
Noir
ACTE IV
Le loft est éclairée dans son intégralité.
Aux murs, tableaux de Brigitte et Olivier.
Olivier et Brigitte sont dans la pièce .Ils se disputent à propos du menu qu’ils vont choisir pour la réception qu’ils organisent en l’honneur de leur première année de mariage.
Brigitte s’est empâtée. Elle porte une jupe longue, a laissé pousser ses cheveux, pas de maquillage.
Olivier a gardé la ligne. Elégant et sûr de lui.
Scène 1
BRIGITTE.- Mais pourquoi c’est trop gras ! Tu ne vas quand même pas proposer un menu végétarien, pour notre anniversaire de mariage.
Ton régime, on s’en fout. On peut bien faire un excès de temps en temps.
OLIVIER.- Des excès, tu en fais tout le temps. Tu vas voir, tu vas devenir aussi grosse que ta copine. Fais gaffe. En plus, Cécile, elle fait des efforts.
Je lui ai passé le livre que j’ai suivi il y à 2 ans, quand j’avais beaucoup de kilos à perdre. C’est très efficace. Je suis sûr que si elle le veut, elle va réussir à maigrir.
BRIGITTE.- Tu es obnubilé par le poids. Tu es en train de me dire que si je grossis trop, tu ne voudras plus de moi. En fait, tu ne m’aimes pas. Tu n’aimes que les apparences. Si Cécile réussi à maigrir, tu vas t’intéresser à Cécile. Je me trompe ?
OLIVIER.- Tu es vraiment stupide. On voit bien que toi, tu n’as jamais été grosse. Tu ne sais pas ce que c’est, de souffrir du regard des autres.
Quand tu es gros, tu n’est rien, tu n’existes pas .Et il faut un effort intense pour arrêter de tomber encore plus bas. On se prive de la seule chose qui nous reste, la bouffe, sans savoir si après, notre vie sera plus facile. Toi, tu ne fais pas attention, car tu ne sais pas où tu vas.
Moi, je sais d’où je viens et je ne veux pas y retourner.
BRIGITTE.- Tu as peut-être raison, mais tu ne m’empêcheras pas de penser, que tu te désintéresses de moi depuis quelque temps.
OLIVIER.- Je t’aime Brigitte, mais ton laissé aller m’énerve. Quand tu étais seule, tu faisais très attention à toi, tu essayais de te montrer, sous le meilleur angle. Tu voulais séduire. Et maintenant que je vis avec toi, tu considères que tu peux te laisser aller. C’est comme ça que tu me respectes ? Je suis un homme, pas un pilier sur lequel tu peux t’appuyer.
J’ai besoin d’être séduis tous les jours. Nous devons avoir conscience toi et moi que rien n’est acquis, jamais. Toi qui a quitté ton premier mari, tu es bien placée pour le savoir.
BRIGITTE.- Justement. Je suis partie parce que je ne pouvais pas faire un pas sans qu’il se mette en travers de mon chemin. J’étouffais. Tu ne va pas devenir comme lui ! Contrôler mes moindres faits et gestes.
OLIVIER.- Tu ne manques pas d’air ! Il y a une minute, tu me reprochais de ne pas faire attention à toi. Tu ne sais pas ce que tu veux.
BRIGITTE.- Fais un effort pour comprendre. Tu veux que je me fasse belle pour toi.
Mais il y a plein de femmes belles, séduisantes, plus jeunes que moi. Si alors, je sens que tu n’as pas changé d’attitude vis à vis de moi, j’aurai tout perdu. Il ne me restera aucune carte à jouer. Aujourd’hui, je peux vivre dans l’illusion.
OLIVIER.- L’illusion ! Tu n’as que ce mot à la bouche . Quand vas-tu te réveiller et prendre conscience que je suis un homme en chair et en os. Je ne me nourris pas d’illusions. J’ai besoin de choses concrètes. Manger, boire, rire, sentir, voir et surtout avoir du plaisir. Avec une femme qui est physiquement là quand je lui fais l’amour.
BRIGITTE.- C’est la première fois que tu me le dis. Je ne pensais pas que tu en souffrais. J’aime rêver. Tout est possible. Et quand je rêve, je ne m’ennuie jamais.
OLIVIER.- On y arrive. Tu t’ennuie avec moi. C’est pourquoi tu te laisses aller à manger n’importe quoi, à te goinfrer. Dans ces conditions, il vaut mieux se séparer tout de suite.
Tu peux décommander le traiteur.
Olivier sort en claquant la porte
Scène 2
Brigitte est allongée sur le canapé. Elle pleure. Au bout d’un moment, elle se calme et se regarde dans un petit miroir. Elle s’essuie les yeux et observe son visage.
BRIGITTE.- Je suis vieille, je suis moche, je suis grosse. Nous sommes mariés depuis seulement un an, et voilà où nous en sommes. Je ne comprends pas. Est-ce vraiment ma faute ? Je me comporte comme une enfant.
Ce que je n’ai pas, je le désire plus que tout au monde et quand mon rêve se réalise, ça ne m’intéresse plus. Olivier est resté le même, mais c’est moi qui ai changé. Ou plutôt non, je n’ai pas changé, et c’est bien là le problème. Je voulais quelqu’un dans mon lit, le matin, le soir. Quelqu’un en face de moi pour manger. Quelqu’un pour faire l’amour. J’ai pris ce que l’on m’a donné sans dire merci et je n’ai rien donné en retour.
Et il faut qu’Olivier m’en fasse la remarque pour que j’en prenne conscience ! N’est-il pas trop tard ? Je ne veux pas le perdre. Lui et Cécile …Il à vécu ce qu’elle vit en ce moment, ça les rapproche. Et Cécile est une fille qui a besoin qu’on l’aime.
Brigitte se lève, elle se repeigne, et se maquille devant la glace. Puis elle met une jolie robe et sort.
Noir
Scène 3
Au café.
Eclairage de la partie bar .La partie bureau reste dans le noir.
Olivier est assis en face de Cécile .Olivier porte un costume, Cécile un pantalon et une chemise vague. Devant Cécile est posé un livre.
CECILE.- Merci Olivier, pour le livre ; mais je ne pense pas que je vais suivre ce régime.
OLIVIER.- Mais pourquoi ? Tu sais, ce n’est pas trop dur. Tu n’as pas le sentiment de te priver, et c’est efficace. Regarde, j’ai réussi alors que je ne suis pas très courageux.
CECILE.- Oui, mais toi, tu avais une motivation, tu voulais avoir des aventures amoureuses, tu voulais plaire.
OLIVIER.- Tu ne vas pas me faire croire que tu veux te faire bonne sœur !
CECILE.- Ne te moque pas de moi, tu sais très bien que pour moi, régime ou pas , il n’y a pas d’amour à la clé.
OLIVIER.- Comment peux-tu dire ça ! Ne perds pas de vue que la solitude physique est le fruit de notre pensée solitaire. Tu t’isoles des autres parce que tu penses que les autres ne veulent pas de toi. Si tu t’aimes toi- même, les autres t’aimeront. Et pour t’aimer, il faut commencer par maigrir.
CECILE.- Brigitte, elle aimait bien son apparence. Alors pourquoi se laisse t-elle aller ?
OLIVIER.- Détrompe toi , Brigitte ne s’aime pas. Toi qui a vécu avec elle, tu devrais le savoir. Brigitte se cherche, et ne sait pas ce qu’elle veut. Je pense qu’elle n’a pas besoin de moi. Nous avons eu une discussion ce matin, et je lui ai dit que je ne pouvais plus vivre ainsi. Je n’en peux plus.
CECILE.- Comment l’a t-elle pris ?
OLIVIER.- Mal, évidemment.
CECILE.- Vous êtes brouillés ?
OLIVIER.- Pire. Nous sommes mariés depuis un an et j’ai l’impression que cela fait une éternité.
Nous sommes dans une impasse ; je ne sais comment en sortir.
CECILE.- Tu as envie de la quitter ?
OLIVIER.- Oui et non. Se séparer un moment. Je pense que ça nous ferait du bien.. La rendre jalouse, peut-être.
CECILE.- Surtout pas ! Brigitte n’a pas l’esprit de compétition. Elle ne fera rien pour te retenir. Elle sera tellement persuadée qu’elle n’est pas à la hauteur et que c’est perdu d’avance.
OLIVIER.- Cécile , que faut-il que je fasse.
CECILE.- Je ne sais pas. Si tu l’aimes, montre lui. Et si tu ne l’aimes plus, pars. Il est difficile pour moi de me mettre à ta place. Je suis une femme et je ne connais pas l’amour.
OLIVIER.- Pardonne-moi. Je suis un parfait égoïste . Il lui prend la main et Cécile, après une hésitation, la retire.
CECILE.- Gênée, regarde sa montre.
Bon, il faut que j’y aille. Mon cours commence à 14 heures.
Au revoir Olivier.
OLIVIER.- Au revoir Cécile.
Seul à la table
Est-ce que j’aimerais Cécile si elle avait 20 kilos de moins ?
Noir